Accueillir celui qui fuit les tempêtes du monde – Marc Ulbrich

« L’identité et les origines fusionnées avec un lieu de naissance ou de vie, auxquelles s’ajoutent des langues, des rencontres, des curiosités et des affects, ont contribué à une vision cosmopolite du monde que je revendique. Dans ma famille au sens large, comme dans bien d’autres en Moselle et en Lorraine, la migration a été un élément marquant. Les uns sont venus s’installer dans le Reich ElsaßLothringen après l’annexion de 1871 et y sont restés pour faire tourner la machine industrielle sidérurgique. Plus tard, après 1918, les autres sont venus y chercher, depuis l’Italie, la Pologne ou l’Ex-Yougoslavie, un autre avenir.

Tout cela ne serait pas complet, si on n’y mêlait pas mes rencontres d’abord avec des marocains, puis avec le Maroc. Après avoir longtemps gravité au sein d’une association marocaine engagé politiquement et socialement et après une bonne dizaine de voyage, c’est depuis longtemps une culture et un pays de cœur qui m’ont irrémédiablement marqué… Ceux qui fuient les tempêtes du Monde peuvent venir de loin poussés par la violence sociale, les guerres, les discriminations, la fuite, migrer devient alors nécessaire ou vitale. En France, les mêmes maux viennent percuter les groupes sociaux, les individus et ceux qui s’écartent d’un modèle trop cadenassé et qui se demandent : « (…) à qui ça sert toutes les règles un peu truquées. Du jeu qu'on veut nous (te) faire jouer. Les yeux bandés. », comme le chantait Jean-Patrick Capedevielle. 

Certains, poussés au bout de cette violence et de la cécité qui peut l’entourer vont jusqu’au geste ultime : le suicide. Rien de bien extraordinaire au fond et rien d’unique, mais tout de même des choses qui relèvent de l’interpellation éthique et sociologique qu’il est bon de rappeler quand elles sont malmenées par nos sociétés où l’Autre n’est parfois vu que comme un concurrent, un empêcheur de penser en rond. Je ne revendique pas, comme on me l’attribue souvent, une vision pessimiste, mais plutôt une lucidité, une prudence (agir en connaissance de cause) pour ne pas baisser les bras et continuer à vilipender ceux qui veulent nous séparer, nous trier, nous distinguer au nom d’une vision du monde étriquée et renfermée sur soi, au point d’être aveugle à ce qui se passe à quelques mètres… Quand on ne voit pas bien, c’est qu’il est temps de porter des lunettes…

Le road-movie, le film d’Agnès Varda avec Sandrine Bonnaire : Sans toit ni loi, la musique (sans discrimination de genre) et la littérature : de la Blanche au Polar jusqu’à la BD, sont aussi des sources qui accompagne des séries de ce genre. En dehors de l’indignation, ce sont des choses qui peuvent aussi pousser à des formes d’engagement artistique… » 

– Marc Ulbrich

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