Evidences – Véronique L’Hoste

“Une femme dont le visage est dissimulé par une plante, un gâteau d’anniversaire constitué de carrés de sucre dont les bougies sont des cartouches d’une encre bleue qui dégouline, une pomme dont l’épluchure s’envole… Bienvenue dans le monde étrange de Véronique L’Hoste constitué de portraits et de natures mortes. Un univers tout en vertical dans lequel les règles et les normes n’ont pas cours et où il est souvent difficile de déceler le vrai du faux. Ironiquement intitulée « Evidences », alors qu’elle remet en cause les codes qui régissent et conditionnent notre vie, cette série nous incite à questionner la réalité qui nous entoure par l’association incongrue d’objets du quotidien habilement détournés. Si on l’envisage en anglais, son titre devient “Preuves”. On l’aura compris, Véronique

L’Hoste se joue de nous en mêlant l’énigmatique et l’insolite avec, parfois, une pointe d’humour. Pas de tricherie ni de désir de nous leurrer mais la volonté, affirmée, de nous déstabiliser. Que regarde-t-on vraiment ? Une photographie, une sculpture ? Il faut apprendre à penser autrement.

Précision : si la jeune photographe manipule le réel, ce n’est pas en ayant recours à la retouche numérique a posteriori. Tout se passe au stade de la prise de vue. C’est à ce moment-là que Véronique L’Hoste déconstruit les choses pour mieux les réorganiser, leur occultant leur normalité et leur logique au passage. Par exemple, lorsqu’elle cache un visage, c’est avec une véritable feuille de papier ; lorsqu’elle montre un bouquet de fleurs, c’est en se réappropriant une de ses propres images qu’elle réutilise sous la forme d’un collage qu’elle place derrière un vase en verre transparent qui, lui, est bien réel. D’une certaine façon, tout est vrai dans le travail de Véronique L’Hoste, pourtant rien n’est vraisemblable.

Chaque photo est une saynète d’une pièce de théâtre… de l’absurde ; toutes réunies – guère plus qu’une vingtaine – elles forment un ensemble dont chaque spectateur est invité à interpréter le sens à sa manière. A travail atypique, présentation inhabituelle. Si Véronique L’Hoste ne réfute pas l’idée d’un accrochage classique, elle envisage surtout de montrer cette série sous la forme d’une installation où se côtoieraient et/ou se superposeraient tirages photographiques, encadrés ou non, affiches et autres dos bleus grand format reproduisant ses images. Une installation qu’elle imagine immersive de manière à cerner le spectateur afin de happer son regard et son esprit. Car il s’agit bien de cela : nous extraire de notre zone de confort afin de nous déstabiliser. »

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