Hank’s Other Soul – William Henrion

« Ma passion du jazz et de la musique en générale a façonné tout un pan de ma pratique photographique, d’abord comme sujet même, puis petit à petit de manière plus indicible. Au cours de mes études j’ai travaillé sur ce qui dans l’essence du jazz, pouvait converser avec l’acte photographique.

Comment penser la photographie en y insufflant des valeurs musicales ; l’improvisation, le contre-temps, la dissonance… De quelles manières les rythmes, les harmonies et les textures sonores pouvaient influencer la pratique de la photographie. L’utilisation de divers procédés argentiques ont apporté certaines réponses à mes questionnements et ont régi une bonne partie de ma pratique photographique actuelle, tant dans mes commandes professionnelles que dans mes recherches plus personnelles.

Hank’s Other Soul est une série hommage à de grandes figures du jazz que je n’ai pas connu de mon vivant. Comme beaucoup de ma génération, une grande partie de ma culture musicale s’est faite sur internet et son foisonnement d’archives, vidéos notamment (Youtube, DailyMotion , L’ina…)

Ici, d’anciens concerts sont diffusés sur un écran TV qui me sert de cadre à la prise de vue. Avec l’appareil je viens ensuite sélectionner et figer des visages et des détails qui m’interpellent sur ce même écran. Une fois la prise de vue achevée et cette première matière récoltée, je m’efforce de lui donner vie au laboratoire.

J’interviens dès le développement en utilisant un révélateur bien spécifique que je fabrique de manière artisanale. Vient ensuite l’étape du tirage ; à ce moment je fais apparaître l’image de manière instinctive avec une éponge et mes mains, imbibées de révélateur. Le processus s’achève dans une dernière étape lors de laquelle je fais apparaître les teintes (virages) grâce à l’usage d’autres chimies qui viennent remplacer les sels d’argents par d’autres métaux.

Réunir les matières analogiques et numériques dans ce processus de création était pour moi le moyen questionner le rapport de ma génération à ces matières. Ayant passé notre enfance encore dans l’analogique, pour finir notre adolescence dans le tout numérique, avec une impression d’avoir connu une certaine transition. Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui chacun en fait son usage propre ; d’aucuns ont gardé (retrouvé?) un certain attrait pour l’analogique, alors que d’autres ont vu dans le numérique une bénédiction. Il n’y a pas de jugement de valeur à porter selon moi, mais peut-être plus des questionnements à ouvrir. Comme par exemple le rapport à la nostalgie, qui peut-être pourrait donner des pistes de réflexion sur le phénomène du Vintage très en vogue aujourd’hui. La question reste à explorer.

Des «c’était vachement mieux avant» aux «ça sera forcément mieux demain» peut-être peut-on trancher avec le présent et la chance qu’il nous offre de pouvoir choisir l’avenir comme le passé. Non pas l’un, ou l’autre, mais ensemble justement. »

– William Henrion

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