Les ombres hallucinées – Lucas Kozak

« Les ombres hallucinées | Je crois les apercevoir partout où je vais, comme si chaque endroit se répétait face à moi. Derrière les murs, les portes, plus de frontières, elles jouent avec moi dans un “entre deux”.

Je compose mon image avec un travail sur le cadre qui induit le hors champ, la clé est ce travail sur le hors champ qui va questionner le spectateur et rendre la tension palpable. Je garde une distance définie avec mon sujet, ni trop proche car il faut rester dans l’espace, ni trop loin pour ne pas dévoiler le contexte. L’angle de la prise de vue évite la frontalité pour suggérer la profondeur de la scène. Comme si le spectateur errait vraiment dans un décor à la recherche de son film où j’aurais effacé les personnages. Mon angle photographique était simple : générer une sensation de déjà vu avec des lieux banals, une impression d’étouffement, un vide omniprésent, un flottement temporel. L’ensemble donne naissance à un décor sous lequel des choses hostiles sont enfuies derrière les apparences du familier. Le côté statique et l’apparence

« parfaite » renforcent le questionnement. La plastique est très épurée, froide, généralement sous une lumière douce, elle laisse planer le doute. Néanmoins certaines photographies de ce travail sont à l’opposé de cette plasticité froide et distante, afin de créer un rythme dans le projet et de marquer des points de chaleur par contraste. J’ai cherché à donner un côté « bombe à retardement » sur mes photographies. La tension doit se manifester avec une certaine lenteur face à l’image, c’est un travail sur les stéréotypes de l’imaginaire du spectateur. C’est une théâtralisation de l’ordinaire. En mixant plusieurs types de hors champ dans mon projet grâce aux ombres, indices, lumières, jeu de cadrage, mes photographies laissent place à l’imaginaire du spectateur. En donnant une hypothétique réalité à partir de l’enregistrement photographique, une autre réalité est justement possible. Celle que l’on veut voir au-delà de l’espace visible, comme une envie de se déplacer à travers le décor. L’ensemble de mon travail photographique est comme une séquence dans une unique ville où l’on peut apercevoir un état des lieux à un instant choisi.

Ma narration s’appuie avant tout sur le visuel, et ses codes. Finalement je propose juste un état du schéma narratif à travers ma série, les autres situations sont dans l’avant/après. Le décor de la narration est mis en place sans qu’elle y soit incarnée. » 

– Lucas Kozak 

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