Les Prémices – Morgane Britscher

« Les Prémices est un projet lié à mes paysages d’enfance. J’ai grandi dans un village de Moselle Est, Hilsprich, lieu de mon quotidien pendant toute mon enfance. Lieu qui n’avait à l’époque rien d’extraordinaire à mes yeux, lieu d’une attente, une envie de le quitter, voir quelque chose d’autre.

Je suis partie rêvant de villes, d’ailleurs, de grandeurs, d’anonymat.

«Questions de territoire?

Suis-je un territoire?

Ce lieu, je l’ai quitté, vite sans regret, envie d’ailleurs. Je prends conscience que ces lieux me constituent. 

Aujourd’hui, ils disparaissent et avec eux une histoire, une partie de mon histoire.

Au fil du temps, la terre reprend ses droits. Disparition lente et inattendue. Ce sel, couche infime remonte dans nos eaux, rempli les puits et se dissout, enfouissant petit à petit ces rues.

Légende autrefois d’une disparition d’une nuit créant un marais.

Réalité quotidienne.»

Morgane Britscher

Enfant, ma grand-mère me raconte une légende, qui concerne un marais près de ma maison, je ne dois surtout jamais y aller seule. Il y a très longtemps, en une seule nuit, un couvent et toutes ces habitantes auraient été englouties sous les eaux laissant place au matin à ce marais.

Légende ou réalité ?

Aujourd’hui, un fait géologique modifie mes souvenirs, ce village construit sur une croûte de sel, se transforme. Une remontée de nappe phréatique s’infiltre, dissout le sel et nos sols s’enfouissent.

Certaines rues sont déjà nues, maisons fissurées, penchées, détruites. D’autres ont l’air identique à mes souvenirs, mais en y regardant bien, elles s’enfoncent, elles aussi me racontent un futur bien différent de mes pensées d’enfant.

Ce village me semblait éternel. Plus de retour en arrière possible. Une vision différente dès l’instant d’un non choix, une irrémédiable volonté de garder une trace de ces lieux.

Les Prémices, premier volet de cette recherche a été réalisé dans le village où je suis née, en Moselle Est, entre 2015 et aujourd’hui, ce projet mêle photographies, textes en français, en patois, ainsi que des documents d’archives (collecte de végétaux avant démolitions des habitations, échantillon de carotte de sel, dessins, vidéos et enregistrements sonores).

Les Prémices, parle de mon attachement à ces paysages, du sentiment de Heimat, de ma crainte de devenir bancale en les perdant, mais aussi de la reconstruction, de la résilience, de la capacité de chacun à se nourrir d’autres paysages. » 

– Morgane Britscher

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